Achat des droits du « Vantablack » : pour Anish Kapoor, noir c’est noir

L’artiste indo-britannique Anish Kapoor a acquis l’exclusivité des droits sur une couleur, le Vantablack, un noir profond absorbant toute la lumière. Avec cet achat, le plasticien plonge le monde de l’art dans une colère noire.


À l’image du Super black de la Nasa qui absorbait déjà 99% de la lumière, le Vantablack  a été élaboré par des créateurs d’une société britannique Surrey NanoSytems. Obtenu grâce à une multitude de nanotubes de carbone microscopiques (diamètre 3 500 fois plus petit qu’un cheveu), ce noir est tellement profond qu’il fait presque disparaître les objets que l’on recouvre de peinture. Ce noir, absorbe totalement la lumière et les reliefs. Quand le Vantablack a été présenté à la presse en 2014, les médias ont surtout parlé de ses capacités d’absorption à 99,96 %, une prouesse technique obtenue à partir des nanotechnologies. Grâce à cette découverte, les britanniques dament le pion aux américains.


La plupart des teintes sont disponibles à un prix accessible dans le commerce : ainsi, le Bleu Klein, un bleu outremer créé et déposé en 1960 par Yves Klein est resté en  accès libre. C’est différent pour le Vantablack. Un responsable de Surrey NanoSytems estimait que son prix de revient serait tellement élevé qu’il se refusait à le révéler. Voilà un élément dont Anish Kapoor a de toute évidence su profiter. Sa fortune estimée à près de 93 millions d’euros ne l’a en effet pas fait reculer devant un tarif exorbitant. Le brevet du Vantablack est donc exclusif.

Créé par Ben Jensen, le Vantablack et a été développé à l’origine à des fins militaires, destiné à la peinture de camouflage des véhicules  et des avions de combats furtifs. Pour anish Kapoor, noir c’est noir ! On se doute bien que son inspiration nous réserve encore quelque chose de spectaculaire. Le plasticien refuse cependant de s’exprimer sur la légitimité de son entreprise. Il se contente de rejeter les reproches que lui prêtent les artistes qui voient rouge. S’extasier en feignant d’ignorer ceux qui broient du noir est peut-être un plaisir intense. Le Vantablack est plus fort que tout : cette « chose physique que vous ne pouvez pas voir, ce qui lui donne une dimension transcendantale », une sorte de trou noir annihilant la matière.


S’agissant d’un matériau plutôt que d’un pigment, le Vantablack serait à utiliser avec une maîtrise absolue. Il ne s’applique comme une simple peinture ; il faut en revêtir le support choisi capable de résister à une température allant jusqu'à 100°C. La surface ainsi enduite ne doit pas être touchée sous peine d'être altérée. Il faut donc passer un produit protecteur préservant les caractéristiques d'absorption de la lumière caractéristiques du Vantablack. Des contraintes qui ne sont visiblement pas à la portée de tout le monde, mais que Kapoor, lui, avec ses ateliers et les techniciens dont il dispose, pourrait se jouer de la difficulté du S-VIS Coating, la technique du Vantablack. Égocentrisme ? Certes, et aussi un grand sens artistique.

Simple matériau de peinture même pas destiné à l’art, le Vantablack est désormais devenu objet de polémique. Interrogé par le Daily Mail, le peintre britannique Christian Furr déchaîne sa colère: « Je n’ai jamais entendu parler d’un artiste monopolisant un matériau... Nous devrions être en mesure de l’utiliser. Il n’appartient pas à un seul homme. »


Personne n’a jamais vu dans l’histoire de la peinture un tel coup porté à la liberté de création. Se réserver l’exclusivité d’une couleur est inédit. À tort ou à raison, Anish Kapoor a réussi sa démarche spéculatrice. La finance l’emporte temporairement sur l’art. C’est sans doute ce qu’espérait Surrey NanoSystems en lui concédant les droits exclusifs. Pour cette société, il n’y a que des bénéfices  à attendre. L’art pour les riches, beau mais inaccessible, fait de nouveau le buzz avec une ébauche que beaucoup trouve détestable. Le grain est amer pour certains. On peut néanmoins remercier Anish Kapoor de nous avoir fait connaître le Vantablack qui, sans lui, serait probablement resté top secret ! [ironie]

Partager cette page :

Écrire commentaire

Commentaires : 0