Mylène dans Gala et bientôt exposée à Paris

Aujourd'hui 13 mai 2015, le magazine Gala consacre un article à Mylène dans le cadre de la sortie du livre « Fragile ». L'article évoque la création du livre par le témoignage de la photographe Sylvie Lancrenon auteure des clichés illustrant l'ouvrage. L'auteur de cet article est le journaliste Thomas Durand. Celui-ci n'est pas inconnu des fans puisqu'il a déjà interviewé Mylène par deux fois en 2013 et 1996.

Par ailleurs, Sylvie Lancrenon exposera à partir du 05 juin prochain et jusqu'au mois d'août de grands tirages des photos de Mylène dans la galerie parisienne Acte 2.
La photographe à déjà exposé ses shootings chez ce galeriste, notamment de superbes clichés d'Emmanuelle Béart.

Galerie Acte2 , 41 rue d’Artois – 75008 Paris.

L'auteur de l'article dans Gala est le journaliste Thomas Durand. Celui-ci n'est pas inconnu des fans puisqu'il a déjà interviewé Mylène par deux fois en 2013 et 1996. Retour sur ces rencontres :


Interview fin décembre 2013

Interview du 26 mai 1996 réalisée au Zénith de Toulon pour la première date du Tour 1996 :


Gala : Vous avez pleuré hier soir sur scène à deux reprises, alors qu'on vous voyait en gros plan sur l'écran géant derrière vous. Pourquoi ?
Mylène Farmer : C'est une réaction incontrôlable à ce qui se passe entre le public et moi. Une sorte d'alchimie. La scène est un moment hors du commun. Les émotions que j'y ressens me nourrissent. J'en ai besoin. Pourtant, par peur de me lasser, je m'y suis confrontée deux fois seulement. La première, en 1989. La deuxième, aujourd'hui. Cela correspond à la sortie d'un album et à mon retour en France après quatre ans d'absence.

Que s'est-il passé en quatre ans ?
Je suis sortie de mon cocon. Grâce à des voyages et à mon séjour à Los Angeles, j'ai fait un second apprentissage de la vie. Je me sens plus libre et en accord avec de nouvelles valeurs, comme le sens du partage. L'autre prend plus d'importance qu'auparavant.

C'en est fini de la Mylène Farmer si exhibitionniste qu'on vous surnommait la « clip-toridienne » ?
Je ne veux pas me renier. Mais j'ai quand même vécu une période très destructrice.

Pour quelles raisons ?
Je pense que j'étais malade de mon enfance. Jusqu'à l'âge de dix ans, c'est le noir total dans mes souvenirs. Un gouffre. Je ne veux pas jeter la pierre à mes parents, mais j'étais en manque affectif. C'est l'origine de mon traumatisme. Par la suite, mes problèmes n'ont fait que s'amplifier. La fracture s'est élargie. J'étais devenue une étrangère à mes propres yeux. En même temps, ces problèmes m'enivraient. Un cercle vicieux. J'étais en pleine ambiguïté. Et c'est de cela dont j'ai joué. Les clips que je tournais augmentaient mon trouble. Or, même si je l'ai chanté, même si cet univers me fascine toujours, je ne suis ni une libertine, ni une catin. L'essentiel est de ne pas être prisonnière des images. Aujourd'hui, j'ai changé. Je suis libérée de mon passé. Ce qui m'importe, c'est de vivre dans l'instant, et je voudrais que le public accepte l'idée que j'ai évolué. Au point de ne pas reprendre une chanson comme Plus Grandir, qui ne correspond plus à mon état d'esprit.

Une rencontre est-elle à la base de cette transformation ? Un journal vous a montrée avec votre guitariste...
Je trouve cela très dérangeant, surtout pour mon entourage. Je ne peux rien contre ce genre de choses. Ce sont les risques du métier. Mais je refuse d'en parler. Je vous dirai que j'ai effectivement fait une rencontre décisive... avec un recueil de textes sacrés bouddhistes : Le livre des morts tibétain. Un vrai détonateur. En le lisant, j'étais émue jusqu'aux larmes, car auparavant la mort m'obsédait. L'idée qu'un être disparaisse me donnait un vertige qui m'attirait vers le bas. Je me dis aujourd'hui que la vie n'est pas vaine. Qu'il y a peut-être un passage. Un au-delà qui justifie notre combat.

On vous a connue plus cynique, admiratrice du philosophe Cioran, par exemple.
J'en suis toujours une lectrice. Mais je porte désormais sur la vie un autre regard où l'humour a sa place.

Peut-on dire que le fiasco de Giorgino (le film réalisé par son Pygmalion, Laurent Boutonnat, dont Mylène Farmer est la vedette, et qui se solda par un déficit de plusieurs dizaines de millions de francs, ndlr) vous a mûrie ?
C'est une période qui a contribué à ce changement en ce sens que je ne suis pas du tout du genre à m'apitoyer sur mes échecs. L'échec fait partie de la vie. C'est une donne que j'assume dans tous mes projets. Je n'ai ni amertume ni désir de revanche, et j'ai toujours autant envie de jouer devant la caméra.

On a dit que, depuis, vos relations avec Laurent Boutonnat se sont tendues.
Je démens tout à fait.

Aujourd'hui que vous avez retrouvé votre public grâce au disque et à la scène, où avez-vous envie de vivre ?
Mon adresse, c'est toujours Paris, mais avec l'idée de pouvoir m'en échapper quand je le veux. J'ai trop aimé vivre à Los Angeles.

Pour quelles raisons ?
L'espace - même s'il est parfois étouffant - et le soleil. Et surtout le plaisir de pouvoir perdre son identité et ses points de repère dans cette ville immense où personne ne me connaît. En comparaison, je trouve Paris bien morose. Ici, tout est noir d'encre. Plombé et déprimant.

En somme, le contraire de votre nouvelle nature...
J'ai, moi aussi, encore des moments noirs, des instants de dépression. Mais je suis désormais attirée vers le haut et la lumière.

Beaucoup d'artistes français refusent de se produire à Toulon parce que le maire de cette ville fait partie du Front national. Cela ne vous gêne pas d'y avoir travaillé pendant dix jours et d'y avoir fait le premier concert de votre tournée ?
Je ne vais pas me lancer dans une suite de banalités, même si mes convictions me portent à détester le racisme et à juger détestable ce qui se passe dans cette ville. Mais je n'ai pas envie d'avoir le rôle d'une artiste qui délivre des messages. C'est une manière de me protéger.

Propos recueillis par Thomas Durand

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