Paris : l'emblématique cinéma Louxor

Construite dans le quartier de Barbès-Rochechouart en 1921 par l'architecte Henri Zipcy et le céramiste Amédée Tiberti pour le groupe Lutetia-Wagram, cette salle dotée d'une splendide façade art déco de style néo-égyptien sera inaugurée le 17 avril prochain et va rouvrir ses portes le 18 avril. Elle redeviendra ainsi le Palais du cinéma. Le bâtiment était à l'abandon depuis 1990.

 

Le 29 novembre 1983, le Louxor projette sa « dernière séance ». Le propriétaire, Pathé vend l’édifice à la société TATI qui souhaite ouvrir un grand magasin. Faute de pouvoir modifier la façade, le commerçant jette l’éponge et cède la gérance à un exploitant de night clubs. Auparavant boîte de nuit antillaise baptisée « La Dérobade », l’établissement devient en août 1987 la plus grande discothèque gay de Paris nommée « Megatown ». La boîte ferme en 1990, après le décès de son fondateur David Girard. Laissé à l’abandon depuis, le bâtiment périclite.

L’imposant immeuble du Louxor se situe à la confluence des 10e, 18e et 9e arrondissements. Son devenir, longtemps débattu, dépend de la politique volontariste de la Ville de Paris à renouveler ou à réhabiliter son parc urbain. La Ville rachète l’édifice en 2003 à Fabien Ouaki, héritier des magasins Tati. Elle y a depuis investi 25 millions d'euros en travaux, confiés à l'architecte Philippe Pumain. Un budget de 29 millions d'euros avait été initialement prévu.

 

Le colossal chantier s'est achevé récemment. Les façades ont été intégralement restaurées dans leur état de 1921, avec restitution des mosaïques, vitraux et grands mâts égyptiens disparus. Les décors, faux marbres peints, frise néo-grecque, masques de pharaon en relief, hiéroglyphes recréés. Il a fallu un minutieux travail d'archives pour arriver à ce résultat. La grande salle de cinéma comporte 334 fauteuils au lieu des 1 100 d'origine. Elle a été réhabilitée avec ses trois niveaux - l'orchestre, le balcon et le poulailler -. Deux nouvelles petites salles viennent compléter le nombre de places et en présentent respectivement 136 et 71. Le total s’élève à 541 fauteuils. L'établissement est accessible aux personnes à mobilité réduite. Au deuxième étage, un bar-club accueillera les convives qui profiteront d’une terrasse panoramique avec une vue imprenable sur le Sacré-Cœur. Parallèlement aux travaux, Michel Gomez a lancé en septembre 2012 un appel d'offre pour la gestion du cinéma. Les candidats avaient jusqu'au 17 octobre pour déposer une lettre d'intention en fournissant des éléments financiers et juridiques. Début décembre, Philippe Pumain qui a supervisé l'ensemble de l'ouvrage, a confié : « Les spectateurs viendront à la fois voir des films et l’édifice lui-même ».

 

La Ville de Paris, soucieuse d'étoffer l’offre cinématographique du nord-est parisien, et de conserver cet élément du patrimoine culturel et architectural (qu'elle soutient à hauteur de 1,2 million d'euros par an), dont la façade et les toitures ont été inscrites à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1981, veut développer un concept hybride « art et essai, populaire ». La programmation sera composée d’anciens et nouveaux films, notamment de cinéastes le l’hémisphère sud, ainsi que de l’actualité du box office.

La réhabilitation du Louxor s'inscrit également  dans le cadre du projet de requalification urbaine et culturelle de la ville. Au nombre de 90 en 1950, les cinémas sont à peine une vingtaine aujourd'hui dans les 9e, 10e et 18e arrondissements.

À Paris, des cinémas du style art déco témoignent encore de leur passé architectural de l’entre-deux-guerres. Il faut se rendre au Grand Rex (1931, par Auguste Bluysen et Maurice Dufrêne) 1, boulevard Poissonnière dans le 2e, à la Pagode (une ancienne salle des fêtes, transformée en cinéma la même année) 57 Rue de Babylone dans le 7e, le Balzac (1935) 1 rue Balzac dans le 8e, ou au Mac-Mahon (1938) 5 avenue Mac-Mahon dans le 17e. 

Le Louxor, c'est aussi une association baptisée « Paris-Louxor » et  dirigée par Laurent Laborie, cinéphile. L'objectif est de promouvoir « l’esprit Louxor » par le biais d'évènements participatifs et gratuits. La mairie du 10e accueillera une exposition du 25 mars au 25 mai prochains organisée par l'association propose un parcours thématique et original, au travers de documents d'époque et d'aujourd'hui, de photographies qui qui permettent de découvrir l’histoire du Louxor et de sa programmation.

Lorsque l’on voit les mosaïques blanches et dorées, les reliefs de ce cinéma désormais réhabilité, on ne peut s’empêcher de penser aux expositions universelles et aux expositions coloniales. Les façades reprennent des couleurs redonnant vie à une beauté exotique et mythologique vintage. Il est difficile de croire que cet établissement au somptueux décor néo-égyptien fut victime de l’argent roi et de l’arrivée des salles multiplexes. Aujourd’hui, le Louxor retrouve sa place qu’il toujours méritée au sein d’une capitale prestigieuse. Sa réouverture est très attendue par les habitants et les commerçants du quartier. Le Louxor, Palais du cinéma jouera un rôle déterminant dans la diversification des activités culturelles, commerciales et, par conséquent, du tissu humain de Barbès. Des bars et restaurants pourraient notamment voir le jour en lieux et places de certains magasins de textile. Vive le Louxor !

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